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vendredi 14 février 2014

Ce soir, je barbe-bleue...




... et je n'en reviens pas du nombre d'âneries qu'on trouve à son sujet ! Alors juste pour rétablir 2-3 faits, du genre de ceux documentés, qu'on ne peut pas remettre en doute sauf mauvaise foi patentée :

1. Perrault n'était pas misogyne ! Au contraire. Les femmes, à qui on n'enseignait pas le latin, étaient les alliées naturelles des Modernes contre l'ennemi commun, les Anciens (aka La Fontaine, Boileau (le pire !) et la clique). Perrault, d'ailleurs, dédie son recueil à la nièce du roi, alors que La Fontaine dédiait le sien au Dauphin.

2. Évidemment que le conte est i-ro-nique (ta mère) ! la curiosité n'est pas un si vilain défaut puisqu'en l'occurernce elle sauve la vie de notre héroïne dégourdie (qui au passage ramasse l'héritage et case soeur et frères). Et le malin au fond de la classe qui suggère qu'ils auraient pu vivre happily ever after si elle était restée sage, m'expliquera alors ce que la première femme foutait là.

3. Alors oui, figure populaire de l'Ogre, Landru, Henri VIII et Gilles de Rai. Oui oui. Mais Barbe-Bleue est aussi et surtout une réécriture parodique de Psyché & Cupidon, conte que justement La Fontaine (oui encore lui) avait fait paraître en 1669 et qui avait fait pas mal causer, même que Louis XIV avait demandé à Molière d'en faire un ballet. Perrault, lui, propose une version qui se passe de l'intertexte antique. Et toc.

Bref, il ne faut pas lire le conte à l'aune de ses moralités, mais bien les moralités à l'aune du conte, pour percevoir l'antiphrase, figure reine de l'ironie, alliance heureuse de l'humour et du sérieux, qui n'échappait pas à ses complices conteuses (Mlle L'Héritier, Mme D'Aulnoy, etc.), ni bien sûr à Mademoiselle, la nièce du roi qu'on s'apprêtait à marier en fonction des intérêts du tonton... C'est "la morale très sensée qui se découvre plus ou moins selon le degré de pénétration de ceux qui les lisent", un sens de la mesure qu'on ferait bien de remettre au goût du jour.

Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute ;-)

Bonne nuit le monde !

Ps. Non, non, j'ai pas dit "pénétration", c'est une citation, pardon pardon !

3 commentaires:

Clémentine Beauvais a dit…

L'un de mes contes préférés! et qui a tous les ingrédients d'un best-seller hollywoodien (oh le stress à la fin avec la soeur Anne!!)

merci de cette REMISE AU POINT

Alice a dit…


:-)

Moi j'adore le moment où elle entre dans la cabinet...

“D’abord elle ne vit rien, parce que les fenestres estoient fermées. Aprés quelques momens, elle commença à voir que le plancher estoit tout couvert de sang caillé, et que dans ce sang se miroient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs (c’étoit toutes les femmes que la Barbe-Bleuë avoit épousées. et qu’il avoit égorgées l’une aprés l’autre). Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet, qu’elle venoit de retirer de la serrure, luy tomba de la main.”

Je trouve qu'on a une mise en scène extraordinaire… D’abord un effet d’éclairage, qui permet de découvrir la scène peu à peu. On suit le regard de la femme, et la vision est différée, diffractée presque, par la lumière et les reflets sur le sol. On découvre nous aussi l’horreur peu à peu : le sang, les corps, l’explication auctoriale. Ensuite seulement on a le sentiment de la protagoniste. Et encore après, un acte qui parait anodin mais qui engage dramatiquement la suite de l’histoire et le destin de la jeune femme : la clef qui tombe.

Génial.

Véronique Cauchy a dit…

Ben, quand tu t'y mets... ça vaut tout le plateau de fromages!