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vendredi 6 novembre 2009

Sous le ciel de Mortagne...


Je suis super heureuse, et super flattée, d'être invitée au 27e printemps littéraire de Mortagne au Perche, ravissante petite ville médiévale qui vit naître mon vieux copain Alain. Les festivités se dérouleront les 13 et 14 mars 2010 autour du sujet "Le ciel dans tous ses états"... Vous savez comme ce thème m'est cher, alors pour fêter ça, tableau et poème pour tout le monde ! Un petit Van Gogh, puisqu'on y était ce week-end, son Champ de blé sous ciel chargé, de 1890, et puis un Mallarmé, L'Azur de 1864, parce que j'aime bien... Belle journée :-)


De l'éternel azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l'intensité d'un remords atterrant,
Mon âme vide, Où fuir ?
Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t'en venant la vase et les pâles roseaux
Cher Ennui, pour boucher d'une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Éteigne dans l'horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l'horizon !

- Le Ciel est mort. - Vers toi, j'accours ! donne, ô matière
L'oubli de l'Idéal cruel et du Péché
À ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché.

Car j'y veux, puisque enfin ma cervelle vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d'un mur
N'a plus l'art d'attifer la sanglotante idée
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...

En vain ! L'Azur triomphe, et je l'entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L'Azur ! L'Azur ! L'Azur ! L'Azur !

Et si un de mes anciens élèves passe dans le coin, je lui présente tout plein d'excuses : Mallarmé au bac, c'était quand même un peu vache de ma part ^^'

3 commentaires:

Sabbio a dit…

Félicitations pour cette invitation! Et puis merci pour ce post empli d'Azur... et sinon tu es donc une tortionnaire d'élèves ^^

Alice a dit…

Merci Sabbio :-)

Et oui, tortionnaire je fus, mais c'est le métier qui le veut ! Je ne faisais qu'obéir aux ordres ^^

Nicolas Gouny a dit…

Cool. Mallarmé.