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vendredi 2 octobre 2015

Petite réponse au grand Monde

Je ne sais pas si je peux mettre l'article dans son ensemble dans la mesure où il est en mode abonné, mais le début représente pas mal l'ensemble, et les lecteurs du Monde des Livres pourront retrouver l'intégralité ici ou en papier. Voici en tout cas ma réponse.



Monsieur,

Je ne sais pas dans quelle mesure « un droit de réponse » est véritablement un droit, mais j’ai envie de tenter quand même.

Le propos n’est pas tant de défendre ma nouvelle série. Il y a dans tous les rayons de librairie (y compris du côté «  vieillesse ») des littératures qui ont des ambitions pratiques ou ludiques, des livres qui ne visent pas les prix littéraires mais entendent accompagner parents et enfants dans les petits tracas de la vie, des livres qui se veulent réconfortants comme un pain au chocolat. La série « Au Secours ! » est de ceux-là. On pourra trouver mon travail trop gras ou trop sucré, il suffira alors de changer de boutique, mais on ne peut sérieusement lui reprocher de ne pas révolutionner la haute gastronomie.

Non pas non plus que je veuille défendre mon statut d’écrivain… C’est un terme que j’utilise peu, lui préférant celui d’ « auteur », non par humilité mais parce que j’écris essentiellement des albums, des histoires courtes, et que mon métier se rapproche davantage de celui de parolier, sinon de poète.  Evidemment, j’écris toute la journée, et dans ce sens je suis écrivain. Mais j’entends bien la nuance. Vous vouliez dire que je ne suis pas un écrivain avec un grand E, celui qui obéit à une « nécessité » toute intérieure, son génie, sa muse. C’est vrai. Je n’ai pas de muse pour me souffler mes idées, mais une équipe solide que je respecte et qui me respecte : Flammarion est une belle maison, mes éditrices d’excellentes professionnelles, j’adore l’illustratrice qu’elles ont choisie, et je crois sincèrement que nous essayons ensemble de proposer des ouvrages de qualité.

J’aimerais en revanche revenir sur l’insinuation concernant le « record » des cinq sorties simultanées en librairie (qui sont six à vrai dire), record qui ne serait accessible qu’aux auteurs jeunesse, ces aligneurs de lignes. Comptons les lignes, justement, ou plutôt les signes : mes albums ne vont en général pas au-delà des 3000 signes  (moins que cette bafouille, donc), et mes petits romans culminent à 25000, de sorte que l’ensemble de ma production 2015 tiendra largement dans un petit roman adulte ou ado. Ces chiffres n’ont d’ailleurs pas beaucoup de rapport avec le temps passé sur chaque projet. Nina, l’album sur Nina Simone qui sort en octobre chez Gallimard, est le fruit d’une collaboration de deux ans avec son illustrateur, tandis que Le Meunier Amoureux, est un texte remis sur le métier durant cinq avant de lui trouver sa forme définitive, celle qu’a choisi de publier Sarbacane. Ces travaux se croisent avec mes textes de commande, mais chacun m’amuse, chacun a ses joies et ses difficultés, et je suis heureuse au final de ma bibliographie éclectique, mêlant grand public et ouvrages plus intimistes.

Mais en réalité, ce qui m’a vraiment vraiment dérangée c’est cette affirmation « Alice Brière-Haquet ne croit pas dans la littérature ». Parce que si, justement, je crois fort à la littérature, comme je crois fort à l’image et à la musique. Surtout, je crois en la littérature jeunesse, un secteur extraordinairement dynamique, avec un public particulièrement précieux et une grande liberté dans les contenus comme dans les formes. De talentueux collègues les explorent, des universitaires s’y intéressent, des libraires et des enseignants les portent… Pourquoi éclabousser tout cela dans votre mépris pour notre petite série ? Affirmer qu’il n’y a pas que des écrivains en littérature jeunesse est aussi absurde que de dire qu’il n’y a pas que des étoiles dans le monde de la danse. J’ose simplement croire qu’il y a de la place pour tout le monde, y compris pour moi, mes livres, et surtout mes lecteurs.

Tout ceci étant dit, je vous remercie pour votre article. La littérature jeunesse manque cruellement de vraies critiques et le consensus mou qui l’entoure est sans doute l’une de ses pires ennemies. Seulement, il me semble que vous vous trompez de cible. Mettre au « menu enfant » mon petit pain au chocolat pour le piétiner ainsi sur la place publique ne me semble pas apporter grand’ chose à la cause…  Il serait plus judicieux (et plus courageux) d’utiliser l’espace du Monde pour dénoncer les véritables rouleaux-compresseurs de l’industrie du livre ou pour mettre en lumière les pépites cachées. Sur ce je vous souhaite une bonne continuation, et retourne à mes fourneaux.

Alice Brière-Haquet



30 commentaires:

Sardine a dit…

Oh mon dieu... mais quel mépris !!!!!!!!!!!!!!
Je suis dégoûtée.

Ta réponse est parfaite, Alice.
Bravo !

ktl a dit…

je n'ai rien à ajouter, ta réponse est complète et parfaite !

Bruno Liance a dit…

Des gens ont du dédain à revendre... La presse achète ça? C'est tout sauf professionnel cet article!

Fanny Robin a dit…

Qu'as-tu fait à Christophe Honoré pour qu'il réagisse ainsi ? ;-)
Bwarf tant de mépris de la littérature jeunesse n'est plus une surprise malheureusement mais tu fais bien de souligner qu'au moins cet article a l'avantage, dans son côté indigeste, de mettre un coup de projecteur sur les livres pour enfants.
Ce qui est surprenant est que M. Honoré est également auteur de littérature jeunesse ...
Ta réponse est très juste, pleine de bon sens et de vérités, je t'apporte tout mon soutien.
La bise nantaise

Pépita a dit…

Tres bonne réponse , juste et digne.
Belle continuation à vous

maman a dit…

Passer pour un idiot au yeux d'un imbécile est une voluptée de fin gourmet !!!

Clémentine Beauvais a dit…

Je suis hallucinée par cet article ridicule, petit et vraiment bilieux. Tu sais bien Alice que ça fait des années que j'écris sur tes livres comme oeuvres littéraires et je prépare justement un article que-sur-toi. Qu'il aille se faire foutre!

Mireben a dit…

admirable!

dodovole a dit…

Moi ça m'a donné l'envie de me ruer chez mon libraire préféré pour y demander le petit pain au chocolat d'Alice. Je préfère ça au Saint-Honoré.

Véronique Cauchy a dit…

Une réponse lumineuse à un accablant mépris. Bravo Alice!

Anne Loyer a dit…

Tous avec toi !! et encore bravo pour ta réponse !

Athanase a dit…

Courage ! Après tout, on dit qu'il n'y a pas de mauvaise publicité... Se faire éreinter par Christophe Honoré dans Le Monde ne doit vous prouver qu'une chose : le meilleur est à venir.

Stephie a dit…

Je trouve ça détestable... les mots me manquent...

sabrina bensalah a dit…

Un record ?!! Quel mot épouvantable pour parler de ton travail ! D'après ce Mr, tu privilégies donc la quantité à la qualité ? Allez 6 le mois prochain !!! Cet article est navrant, minable. Une bise Alice.

Simone Rinzler a dit…

A envoyer au Journal Le Monde !

Cécile Alix a dit…

Bravo Alice !
Bonne réponse à ce mauvais procès... C'est un monde de pondre de telles ignominies !
Et je ne vois pas en quoi le fait d'écrire des textes de "commandes" te contraint et t'oblige à... quoi.. au juste ?
Ecrire, pour quelque public que ce soit, est un travail qui nécessite du temps, de la recherche, de la sueur et du talent (Héééééé oui, aussi)... et tous, nous savons à quel point le texte d'album est difficile à élaborer parce que, justement, il est court !
Je ne comprends pas non plus en quoi il serait déraisonnable et "disqualifiable" de multiplier les publications... monsieur Honoré multiplie bien les articles, non ?
(En outre, un auteur "jeunesse", pour parvenir à manger autre chose que de la soupe aux cailloux, compte-tenu de ses peu juteux droits d'auteur a intérêt à les aligner, les signes !)
De tout cœur avec toi, donc !

Athanase a dit…

Mon soutien plus complet ici : http://www.lavie.fr/blog/pierre-michel-robert/qu-est-il-arrive-a-christophe-honore,4397
Cordialement,

Gaël Aymon a dit…

Bien répondu Alice. Il n'y a rien à ajouter. Tournons vite la page et retrouvons-nous tous au salon de Montreuil, que nos présences insignifiantes remplissent malgré tout dignement. Bises. Gaël

Alice a dit…

Un grand merci à tous ! De tout coeur ♥ (parce que je n'arrête pas de dire merci partout, sur FB, en mp, dans les mails, et tout et tout, et que j'en néglige ma propre antre... Pardon et MERCI !!!)

Muriel Zurcher a dit…

Ben moi, je crois en le talent d'Alice Brière-Haquet !
De tout cœur avec toi, Alice.

Anne Poiré a dit…

Devoir dépenser de l'énergie pour des individus comme ce monsieur... rend le pain au chocolat encore plus nécessaire !

Mymi Doinet a dit…

Pour rester dans les fourneaux, ta réponse ne manque pas de sel, Alice, bravo :-)

Stéphanie DUMAS a dit…

Cet article est assez dur, en effet ! Tous les goûts sont dans la nature, mais critiquer de cette manière un(e) auteur(e) lorsque l'on devient soi-même plus ou moins médiatique pose à mon sens un problème d'éthique. Ce n'est pas ça jouer "franc-jeu" ou être "critique littéraire". Certaines personnes profitent de la moindre occasion pour descendre le travail des autres, histoire de se rassurer ou simplement par sottise, médisance, etc. L'intérêt d'une chronique est de montrer ce qui se dégage d'une oeuvre de manière professionnelle, sans y mettre trop d'interprétations personnelles, car notre vision du monde est forcément limitée et parce que sans recherche préalable, sans ce petit échange avec l'intéressé(e), il semble bien compliqué de comprendre une production artistique. Que d'orgueil ici et là...

Pascale M. a dit…

Alice, je pense que tu devrais faire parvenir ta réponse au "Monde", à l'adresse du médiateur : mediateur.blog.lemonde.fr, pour tous ceux des lecteurs du journal qui n'ont pas eu accès aux réactions sur FB, plutôt cantonnées au monde pro de la littérature jeunesse.
Si tu veux y joindre les réactions de Clémentine, Pierre-Michel Robert et moi, pas de problème pour moi. (J'ai rajouté le lien vers ta réponse sur mon article, excuse-moi, je l'avais omis).

catibou a dit…

De tout cœur avec toi. Que les paroles de cet homme sont injustes et dures. De l'envie, de l'amertume de sa part ?

lydiesabourin a dit…

Je voudrais simplement t'envoyer quelques mots suite à la lecture de ce post.
A toi Alice et à ceux qui liront mon commentaire.

Mon premier album est né grâce à ton écriture. C'est beaucoup.
Je suis très fière et heureuse d'avoir dessiné tes mots. Deux fois !
Et j'espère que d'autres albums nous réuniront.

MERCI pour ton écriture et le plaisir du travail avec toi.

Je t'ai dit bravo pour Nina ?
Bonne continuation Alice. A bientôt.

Edith de Cornulier a dit…

Bonjour Alice, bravo de répondre si calmement et intelligemment à un homme atteint de haine aigüe.

Fabrice Vigne a dit…

Je suis estomaqué par la suffisance de Christophe Honoré, et sa méchanceté de marquis parvenu. Jusqu'où ira sa "liberté de parole" ? Jusqu'à flinguer un mauvais roman de l'Ecole des loisirs ? Bien sûr qu'il en existe de bons dans cette auguste maison, mais ce serait distrayant, et une belle preuve d'indépendance, de le voir faire un carton sur un de ces machins formatés, convenus, ni faits ni à faire, complaisants, suintant les clichés, l'entre-soi, et la bonne conscience de classe ? Et qui, en termes de "records", bénéficient d'une puissance de frappe commerciale incomparable grâce à Maximax etc...
Comme je trouve hallucinant qu'il faille, en plus, payer pour lire la prose de Christophe Honoré dans le Monde, ci-dessous un copié-collé de la fin de l'article. Et si vous voulez le truc pour lire à l'oeil les articles du monde "réservés aux abonnés" (c'est fastoche), écrivez-moi.



"Il faut l’admettre : les livres pour enfants ne sont pas tous écrits par des écrivains. Alice Brière-Haquet ne croit pas dans la littérature. Elle ne croit pas au roman. Aussi, quand « Castor poche »  lui passe une commande de textes – je préfère me dire qu’il y a un pouvoir qui s’exerce sur cette auteure, une nécessité qui la contraint, je préfère ne pas imaginer que c’est un geste libre d’écriture –, bref au moment d’écrire un roman, Alice Brière-Haquet, elle, s’efforce de ¬fabriquer un couteau suisse. Elle ne le fabrique pas si mal mais, pour qui espère ouvrir un livre, la déconvenue est raide.
Au secours ! Je veux être fils unique et Au secours ! Ils me prennent pour un génie se présentent comme les deux premiers tomes d’une nouvelle série qui, selon l’éditeur, abordera « avec humour et justesse les petites et grosses difficultés de l’enfance ». Les Tessier, Beaujouan et Méchéri habitent le même immeuble, trois familles avec descendance qui naviguent entre les appartements, et ont même droit à un local interdit aux parents, « perché sous le toit, tout confort » et où « une fenêtre ronde donne sur le ¬petit jardin commun »… On a croisé ¬cabane moins bourgeoise.
Clichés
Le dispositif narratif serait-il une ¬dédicace à La Vie mode d’emploi, de Georges Perec (Hachette, 1978) ? Non, on s’aperçoit vite que, s’il existe une référence, il faut plutôt la chercher du côté des programmes courts de la télévision, de type « Nos chers voisins », sur TF1. Même mécanique itérative, même caricature sociologique, même faux souci du détail qui ne vient pas d’une obser¬vation attentive ; c’est le règne de l’idée toute faite qui crâne, convaincue d’avoir déjoué les clichés alors qu’elle s’y vautre. Chez les Tessier, le père de famille cuisine, mais il fait cramer le rôti, chez les Beaujouan le fils vit avec sa mère divorcée, qui l’abandonne le soir pour sortir avec ses copines, jusqu’à « la concierge de l’immeuble qui est aussi un peu tatie, un peu sauveteuse de chats errants et un peu fée ». Chaque fin de chapitre nous offre une page de BD, intermède censé nous récompenser d’avoir tenu ¬jusque-là.
Mais le pire est à venir. Les romans s’achèvent sur un identique épilogue où un policier à la retraite rend visite à la concierge pour discuter le bout de gras sur les sujets proclamés par le titre. Ce n’est plus un livre, c’est un menu enfant, livré avec cadeaux et tableau des valeurs nutritives. Sur le rabat, un ultime ¬bonus : un test. Dans Au secours ! Ils me prennent pour un génie : « Quel écrivain êtes-vous ? »… Une majorité de croix ¬correspond à « Le prix Nobel, sinon rien ! » Suit ce commentaire : « Tu aimes les livres et la littérature, et tu te sens toujours un peu nulle quand tu dois te mettre à écrire. Donne-toi le droit à l’erreur : même les meilleurs n’ont pas écrit que des chefs-d’œuvre »… un appel à la capitulation à valeur de peine aggravée pour son auteure."

Rozenn a dit…

Bravo Alice ! Perso, je suis fan de ton écriture !
Il est vraiment bizarre ce gars...

Anonyme a dit…

ça tombe bien, moi, je n'ai pas aimé ses films.